Rajasthani. Journal de campagne profonde
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Les oiseaux du quartier

Les oiseaux du quartier
Ce qui surprend d'abord, c'est leur nombre : ils volent de partout, planent ou sillonnent le ciel avec de grands plongeons et des remontées surprenantes. Pigeons, tourterelles volent de toit en toit, se perchent sur les gargouilles, s'appellent de bruyantes roulades. IL y a aussi de magnifiques guépiers verts et bleus qui promènent l'élégance de leur queue sur les fils électriques, des perroquets verts à collier rose, des bulbuls à ventre rouge, dont la houpette  en bataille fait croire à un oeil non averti qu'ils viennent de  sortir du lit. De grands corbeaux bicolores surveillent les alentours et l'eurasian grey hornbill accompagne de sa silhouette incongrue un milan noir posé sur le sommet d'un arbre immense. D'autres encore, plus discrets et  moins exotiques. Mais celui qui surprend le plus, ce sont les paons, la surprise vient de les trouver vivants, réels, en mouvement alors qu'on ne les connaissait que figés, étalant, sur les murs des palais moghols  ou sur des miniatures, une splendeur hautaine et multicolore ou encore,  en pièces détachées dans les coiffures de  maharajahs. Leurs descendants se sont prolétarisés. Ils vivent maintenant non loin des ordures, sur les terrasses, les jardins de ces palais en ruines. Ils se prennent parfois pour de vrais oiseaux et tentent de se cacher dans un arbre où leur taille les trahit  ou se hasardent même à voler  sur quelques mètres quand ils se croient seuls, tant "ces vaste oiseaux de terre" ont conscience du ridicule. Les maharajahs ont pour la plupart disparu, les riches commerçants de la route de la soie se sont enfuis à Dehli ou à Bombay, humer les parfums du capitalisme moderne et eux, les paons, n'ont plus personne à faire admirer la coupe raffinée de leur costume, l'agencement audacieux des couleurs, ses dentelles  délicates  et leur savoir faire quand, soudain, il leur prend l'envie d'étaler leur traîne immense, de la déployer au dessus de leur tête, de la mettre en place par de multiples frémissements et de la figer enfin dans sa perfection. Faute de mieux, hier matin, l'un m'a fait offert ce spectacle à moi toute seule, un peu dépité seulement de la modestie de son admiratrice.
 
8 septembre , shekawati. Rajasthan

Publié à 05:10, le 14/09/2008, Rajasthan
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