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Ils sont partout, allongés sur le sable devant les maisons; ils ne sont à personne mais font semblant d'être à quelqu'un, d'être de vrais chiens avec un nom, une écuelle, des bêtes à responsabilité qui gardent la maison de leur maître et leur signalent les intrus mais personne ne leur demande rien. Ils restent donc inutiles et désoeuvrés toute la journée, au même endroit ou presque. Ils s'économisent aussi, le moindre mouvement a l'air de les épuiser, mais peut-être est-ce simplement l'ardeur du soleil ? Ils sont là, par petits groupes, la mère, les mamelles pendantes, les jeunes pas loin, peut-être plusieurs générations ensemble. Tous se ressemblent d'ailleurs, étroits et maigres sur de hautes pattes, si étroits et maigres qu'on a l'impression qu'ils pourraient se casser, jeunes d'ailleurs pour la plupart - ils n'ont pas le temps de vieillir -, souvent beaux avec leur robe fauve et leur yeux noirs en amandes. Ils semblent appartenir à la même famille, des chiens de race en somme ! La nuit, quelquefois un cri de douleur qui n'en finit pas réveille le quartier, il y a des bagarres dont la violence semble inouie. Pour quel enjeu ?
Ils survivent avec les ordures. Ils sont les auxiliaires des cochons, participent eux aussi, comme les dizaines de milans noirs qui survolent la ville, à la propreté de la cité. Chaque maison a donc pour ainsi dire son broyeur personnel, vivant, écologique, jamais en panne et prêt à ingurgiter avec reconnaissance tout ce dont la maisonnée veut se débarrasser. Mais la maisonnée est pauvre et les pauvres font peu de déchets, la pitance est donc rare; j'en ai vu un s'enfuir à toute allure pour aller déguster tout seul le festin d'un petit bout de chapati...
Tous les matins, je les croise mais j'évite de les regarder, un petit coup d'oeil rapide en coin, c'est tout. Davantage engagerait. Lacheté.
15 septembre 2008. Shekhawati, Rajasthan
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