Çà y est je l'ai fait ! je vais encore épater mes copines ! je pensais que ce ne serait pas pour tout de suite, même si c'était inévitable, mais le sort en a voulu autrement.
J'étais partie en courses, il faut bien manger même si l'inondation de la mousson n'est pas entièrement résorbée. Dans ce cas, il faut marcher, en portant son caddy, bien en équilibre sur les murets des égouts avec d'un côté la rue inondée et de l'autre le petit canal qui court le long des murs. Quelquefois, tout se brouille, on ne comprend plus où l'on marche parce que l'eau devient trop haute. C'est ce qui m'est arrivé : j'ai cru que c'était dur, eh bien, non, c'était mou, et me voilà brutalement dans l'égout jusqu'à mi-cuisse. C'était doux et gluant à la fois. J'ai fait bien attention de ne perdre ni ma dignité ni mes chaussures et je suis remontée sans un cri sur mon muret, parce qu'évidemment il y a toujours du public et il ne convient pas de se sentir horrifié par quelque chose qui arrive aux indiens tous les jours et pour lequel nul ne songerait à faire d'histoire.
Le premier trouble passé, et après avoir fait fi de mon pantalon mouillé et fangeux, il fallait me voir, dédaignant le secours des murets, de plus en plus intrépide, pataugeant comme tout le monde, traversant au beau milieu de flaques immenses et noirâtres, avec une certaine jubilation. Libérée en somme.
16 septembre 2008. Shekhawati, Rajasthan
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