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Le jour, rien ne se passe. Entre voisins, musulmans et hindous, on se salue par le nom de Dieu, de Rama. Un petit "Ram-Ram" quand on se croise et tout va bien. Mais la nuit, c'est une autre affaire, surtout en ce mois de Ramadan et pendant la semaine des fêtes de Ganesh, la guerre fait rage. Elle est menée côté musulman, par la grande mosquée qui domine la ville de sa silhouette haute et massive. Les mauvaises langues - hindoues - parlent évidemment d'un financement saoudien. Forteresse sombre et austère en bas, elle se termine de manière appétissante par une immense pièce montée fraise-pistache-chantilly décorée, dès la nuit tombante, de balises d'aéroport roses et chatoyantes, du plus bel effet. C'est elle qui donne le signal des hostilités avec la rupture du jeûne. L'appel retentit, sono à fond - impossible de ne pas se précipiter sur une assiette - puis, un ténor local entonne de longs chants à capella qui célèbrent en ourdou tant la gloire du Très-Haut que la supériorité phonique de la communauté. Devant une telle offensive, la réponse ne se fait pas attendre. Comme la suprématie technoloqique et la hauteur du minaret n'ont aucun équivalent, c'est du nombre que vient la riposte. De toute la ville, retranchés dans des dizaines de temples, de petits haut-parleurs hargneux se mettent à balancer en hindi des mélopées parasitées qui montent à l'assaut de la belle voix grave de l'ennemi. Toute la nuit, la bataille fait rage, avec des intervalles de quelques minutes. Et de chouiner ou beugler, nasiller ou hurler, toussoter ou crachouiller sur tous les tons la gloire d'Allah, du Prohète, de Ganesh, Siva, Visnou et des avatars, pêle-mêle et à qui mieux mieux. Après que les derniers fidèles, épuisés, sont allés se coucher, les CD prennent le relai juqu'au lever du soleil, moment où le citoyen moyen, les yeux ouverts, tremblant, abruti, exaspéré par la nuit sans sommeil, songe à l'imbécile qui a dit un jour que la religion était l'opium du peuple.
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