|
D'ailleurs pourquoi ne parler que des vaches, quand il y a sur la route une extrême variétés d'hommes, d'engins et d'animaux qui s'y croisent dans tous les sens : des ânes - minuscules, craquants, efféminés avec leurs pompons, leur maquillage au henné, leur grosse fleur en papier rouge sur le dessus de la tête qui tirent allègrement une charette bien plus grosse qu'eux ! - des attelages de buffles noirs et brillants aux longues cornes recourbées, lents et pacifiques, des chameaux orgueilleux conduits par des paysans enturbannés et leurs lourds chargements de briques. Sur la route, on peut aussi pédaler - si on est inconscient- sur des engins aussi lourds que vétustes, ou se faire tirer dans un cyclo-pousse - si on est un nostalgique du colonialisme-, faire pétarader son scooter ou sa moto, son ricksaw jaune et noir façon taxi des années cinquante, faire ronfler le moteur de son bus crasseux et délabré ou faire admirer l'élégance de son camion paré comme une jeune mariée, avec ses motifs peints, ses décorations, franfreluches et pendentifs qui ondulent au vent. Et tous les jours, des compétitions non‑officielles se déroulent qui mettent aux prises les conducteurs les plus imaginatifs : qui peut transporter plus de sept personnes-sans compter les femmes et les petits enfants, comme on dit - dans un fragile ricksaw et continuer à avancer ? en faire tenir plus de dix-neuf avec leurs bagages dans un petit taxi-jeep sans que le toit ne s'écroule sur les passagers du dessous? entasser plus de quatre-vingt individus dans un bus de trente places muni d'un porte-bagages, sans toutefois les asphyxier totalement ou en perdre trop en route ? Pourtant la palme a été remportée haut la main, à Jaipur par un homme assez content de lui, rencontré en plein embouteillage dans un carrefour, à six heures du soir, près d'une porte de la vieille ville - les connaisseurs apprécieront l'audace : il transportait sur sa moto toute sa marmaille classée par ordre d'âge et de taille : derrière, l'aîné - huit à dix ans- qui s'accrochait à sa ceinture et les trois plus petits devant, à califourchon sur le réservoir d'essence, protégés par les bras de leur père. Le petit dernier ne savait probablement pas encore marcher mais n'en appréciait pas moins la balade que l'exploit paternel. Juste fierté !
4 octobre. sur les routes du Rajasthan
|