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- Quelle vision d'apocalypse !
- Qu"il doit y avoir d'accidents, de morts, de blessés, de veuves désolées et d'orphelins éplorés !
- Comment peut-on survivre sans le Code de la Route, l'Ethylo-Test et le Permis à Points ?
- On devrait leur refiler Sarko !
Très peu d'accidents cependant eu égard à la densité de la circulation et à la vétusté des machines. Mais un code aussi efficace que non-écrit : toujours envisager le pire et s'y préparer en toutes circonstances. C'est pourquoi la rue indienne ne s'étonne de rien; et elle est pour cela extraordinairemnt silencieuse et policée à côté de la nôtre : jamais un cri, jamais une injure ni même une récrimination. J'ai vu un pauvre motard heurté par une 4X4 qui roulait à droite dans un virage, relever avec un soupir son engin, contempler avec tristesse son cabossage et repartir sans un mot. Il savait qu'hurler ne sert à rien, que la police de la route est inexistante, que personne n'a d'assurance, peu de gens de papiers sur eux, beaucoup une adresse incertaine. Le malheureux ne s'en prenait qu'à lui-même, il aurait dû prévoir, anticiper, faire un écart, surtout consulter son horoscope avant de sortir. Donc, l'indien motorisé compte sur lui-même, sur ses freins, sur ses réflexes, sur son karma et surtout, sur son klaxon. Alors là, il y a de l'ambiance : tous les modèles existent, une infinité de tons, de timbres, de couleurs, de puissance, de tempos, des interrogatifs - "Alors que faites-vous ? vous circulez ?"-, des exclamatifs- "N'importe quoi, tu vois pas que t'es dans le mauvais sens !"-, des rageurs- "qu'est-ce que j'ai fait à Rama pour tomber dans une telle mélasse ! "-, des impérieux - "Barre-toi, je passe"-, des grondants -"Par la trompe de Ganesh, je vais t'assommer", des injurieux - "mangeur de viande", "face d'oeuf"- ce qui ici est, vu les croyances religieuses, particulièrement grossier. Tout ce que la bienséance ou la morale réprouve, peut s'exprimer librement par ce seul truchement qui est, pour ainsi dire, ici, l'exutoire naturel des passions automobilistes sublimées. Cela fait évidemment beaucoup de bruit.
5 octobre. sur les routes du Rajasthan
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