Rajasthani. Journal de campagne profonde
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L'art des chapatis

On reconnaît l'excellence d'une  ménagère à sa façon de faire les chapatis. C'est d'ailleurs  pratiquement la  seule question  pertinente quand il s'agit de trouver la future mère des  enfants de votre fils : une réponse positive incluant forcément toutes les autres. C'est donc aussi un élément reconnaissance sociale dans cette petite ville si vos amis peuvent s'énorgueillir de votre tour de main et vanter la souplesse, la légèreté, le fondant de vos petites galettes qui sont au rajasthani ce que le croissant chaud du dimanche est au parisien. Si vous regardez un livre de cuisine indienne pourtant, rien ne semble plus facile. Erreur ! la vraie chapati exige non seulement  travail,  mais aussi persévérance et, disons-le, un vrai talent. Les étapes de la confection sont autant de chausses-trappes pour le néophyte. Il faut savoir correctement non seulement pétrir la pâte d'une seule main,  en l'humidifiant au fur et à mesure avec de l'eau placée dans un petit bol. D'UNE SEULE MAIN. Déjà on vous attend là. Mettre les deux mains à la pâte révèlerait votre incompétence et ferait naître immédiatement des sourires condescendants. Ensuite, deuxième difficulté : cette pâte doit être travaillée jusqu'à la souplesse voulue, et  seul un flair très sûr  peut indiquer le bon moment où la pâte pourra reposer  enfin pendant dix minutes. Il faut ensuite  abaisser rapidement une petite galette  sur une petite planche de bois ronde avec un mini-rouleau. La galette ne doit pas coller,  mais être recouverte d'une légère couche de farine, être fine, parfaitement ronde et d'un diamètre rigoureusement réglementaire. En général, à ce stade, votre chapati ressemble plutôt à la carte d'un ancienne république soviétique  et vous êtes éliminé. Mais ce n'est pas fini, le plus dur reste à faire. Après avoir placé la chapati  dans une poële épaisse à fond incurvé - le temps de cuisson étant   évidemment  une nouvelle source de difficulté -, il s'agit de prendre délicatement le petit disque et le poser délicatement sur le feu, à même le gaz. Arrivé à ce point, le souffle s'arrête : la chapati va-t'elle, sous l'oeil approbateur de votre entourage,  se mettre à  gonfler tout d'un coup et se tendre  comme un petit ballon ?  Vous n'aurez  plus  alors qu'à la retourner rapidement d'un côté et de l'autre avant de la poser dans un petit panier. Plus probablement, elle va se boursouffler vaguement sur un seul côté, brûler peut-être, se crever et rester lamentablement aplatie, mettant fin  ainsi à tous vos espoirs de  réussite culinaire et sociale. Dans ce cas, il est préférable bien évidemment de tenir l'échec  secret et pour cela, de manger la chapati rapidement , sans vous faire voir ou bien de trouver quelqu'un qui le fasse à votre place. Les vaches, par exemple, sont très indiquées : elles aiment bien les chapatis, même mal cuites et sont capables d'en manger une grande quantité, ce qui peut se révèler pratique si, pour manquer de talent, vous n'êtes pas dénuée de persévérance.
20 octobre

Publié à 06:53, le 7/11/2008, Rajasthan
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