Rajasthani. Journal de campagne profonde
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Les métiers du bazar

Le cordonnier

C'est un plaisir de le regarder travailler, assis par terre sur le bord de la route dans un coin du bazar. A côté de lui, deux formes posées sur un tout petit tapis  ou un carton qui sert à marquer les limites  de sa petite échoppe virtuelle, un petit sac de clous, du fil et une grosse aiguille, quelques chutes de cuir et l'essentiel, du pneu usagé et un outil qui coupe bien. Les souliers qu'on lui apporte ont bien souffert mais en un rien de temps, devant devant les clients qui attendent  comme les hérons, posés sur une seule patte, il remet des lanières, rend les semelles inusables, pose un coussinet là où cela fait mal et tous repartent du bon pied. Dix roupies seulement (moins de 15 centimes d'euros). Un petit miracle.

Le marchand de yaourt
C'est un personnage qui compte. D'abord parce que le lait est ici un élément essentiel  et parce que c'est le seul endroit qui en vende dans  tout le quartier. Le matin et le soir, il y a la queue devant sa petite boutique peinte en rose et qui sent le lait caillé, chacun avec son pot à lait en inox, comme du temps de ma gand-mère. On ne peut pas entrer, il y a juste une table et un grand frigidaire au fond. Quand on veut du yaourt, il faut venir tôt, le gros monsieur sort un profond saladier et avec une coquille  plate remplit un petit sac en plastique noir, pas du tout alimentaire : un kilo 24 roupies (environ trente centimes). Quand le saladier est vide, il faut revenir l'après-midi, à quatre heures pour  en entamer un nouveau. Son yaourt est toujours frais, délicieux, et la vache qui a donné le lait est traite à la main, juste à côté. Le contraire de chez nous.

Les marchands de d'appareils ménagers
Ils sont d'une gentillesse extrême; il y a le père et le fils, Radu et Keran, tous les deux très pieux, une tikka fraiche chaque jour sur le front, une petite pièce prête pour tous les sadhous qui passent tous les matins mendier leur nourriture. Je les ai vus soigner le pied d'un pauvre homme qui avait une plaie insupportable à regarder. Le père m'a montré les médicaments qu'ils avaient pour lui. "On l'aide" m'a dit-il dit seulement, sans faire d'histoires. Dans le civil, ils vendent ce qu'on pourrait appeler du petit électro-ménager. Pas toujours électro d'ailleurs, car ils ont des machines à coudre à main, copies conformes des vieilles Singer de musée qui semblent être un de leurs produits-phare. Ils ont aussi des télés, des mixeurs, des fers à repasser et des coccotes-minute sur l'emballage desquelles une belle indienne en kurta (1), alliance de la tradition et de la modernité, déclare d'un ton péremptoire "it's an automatic world". Mais le produit le plus acheté reste le mobile pour lequel les indiens comme tout le monde  ont une passion  et qui reste ici un moyen de différenciation sociale. Le père et le fils officient derrière le comptoir qui domine la rue d'une très haute marche. Comme partout, on enlève ses chaussures avant de grimper. Ils remettent des unités, qu'on appelle ici "balance", sur votre compteur, ce qui vous permet d'appeler la France pendant dix minutes pour un  euro  et demi environ, soignent votre batterie qui bat de l'aile, règlent  en quelques jours et à grand renfort de protestations aimables, votre problème avec la compagnie de téléphone  qui vous a coupé la ligne au moment des attentats sous prétexte que vous êtes étrangère (et donc  infaïlliblement terroriste) et qu'il faut refaire les papiers que vous avez déjà fournis. Ils parviennent aussi à stopper un abonnement non demandé à Hello Tunes, qui s'est arrangé pour vous vendre des chansons que vous n'avez jamais entendues. Heureusement qu'ils sont très gentils !
(1) robe fendue sur le côté, se met  sur un pantalon large, est portée principalement par les jeunes filles et les jeunes femmes.
25 octobre, Shekawati, Rajasthan.

Publié à 05:08, le 11/11/2008, Rajasthan
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