Rajasthani. Journal de campagne profonde
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Dans le train II - Préparatifs de nuit


Immédiatement après le repas, les indiens ne perdent pas de temps et commencent les préparatifs pour la nuit. D'abord, ménage : on commence pas épousseter soigneusement la couchette avec son mouchoir.  On pose  ensuite un drap imprimé ou une fine couverture en coton pour le dessous, une grande couverture de la maison pour le dessus. Chacun reconstitue ainsi l'environnement familial, quotidien et sécurisant pour celui qui court l'aventure ferroviaire hivernale et le touriste peut aussi, sans se déplacer, visiter l'intimité - souvent assez kitch- de chacun de ses compagnons de voyage. Beaucoup de rose, de grandes fleurs, des franges colorées, la grisaille et la crassse du wagon disparaissent sous ces avalanches de douceurs laineuses et de couleurs tendres. Les écharpes, les bonnets de laine sortent des sacs pour la tête  car on se méfie des fenêtres qui ne ferment pas et qui ont vite fait de vous faire attaper un rhume, chacun s'emmaillote pour ce qui reste, quand même - il faut le dire - une petite épreuve. Mais le meilleur sens du confort et de l'organisation revient sans conteste à un notable musulman rencontré un soir dans le rapide Barathpur- Udaipur, tout  de blanc vêtu, une longue veste boutonnée, une  barbe adéquate, de fines lunettes cerclées d'or et un attaché case pour compléter le sérieux. Deux ou trois personnes l'accompagnaient, qui avaient préparé sa couche pour la nuit : un fin matelas pour le moelleux, puis un drap et enfin une magnifique doudoune molletonnée, finement décorée de petits nounours roses dans laquelle le vénérable personnage n'eut plus qu'à se glissser pour des rêves, évidemmnent, enchanteurs mais très bruyants  pour la compagnie. A son réveil, tardif, il n'eut plus qu'à siroter son "çay", son thé au lait qu'il avait dû commander à une des stations et qu'un de ses hommes lui a apporté dans une petite tasse en terre cuite. J'eus la surprise d'en voir une arriver aussi pour moi, de sa part - j'étais sa voisine du dessus - mais il ne m'a pas lancé un regard et il est resté là, à contempler inlassablement le paysage, assis  avec dignité sur ses nounours roses. Il signifiait ainsi avec délicatesse, que son geste n'était pas guidé par une quelconque intérêt personnel, le désir grossier d'entrer en contact avec une femme mais par le seul souci de ne pas laisser une étrangère mourir de soif au réveil, en sa présence. Ce que c'est que l'éducation ! Puis les serviteurs ont replié matelas et couverture, les lunettes ont disparu dans l'attaché-case. Je ne l'ai pas vu descendre. Dommage, on aurait pu s'aimer !
Dans les chemins de fer du Rajasthan et du Gujarat. Octobre et novembre 2008

Publié à 03:33, le 1/12/2008, Rajasthan
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