Rajasthani. Journal de campagne profonde
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Dans le train (et dans le bus) III - Les toilettes


 Elles se signalent  de façon toute naturellle, sans le secours de la petite lumière rouge et verte de nos TGV et on n'attend jamais devant la porte. Cependant, comme les voyages sont longs et la continence difficile, il faut bien un moment se décider mais, comme pour l'égout, c'est la première fois qui coûte.
Pour ma part, j'eus à choisir entre deux alternatives, toilettes européennes d'un côté (?), toilettes indiennes (?) de l'autre. Sans savoir  à quoi je m'exposais, mais dans un souci d'intégration au milieu (?), de dépassement de soi (?), je choisis résolument les toilettes indiennes. Eh bien ! sans entrer dans les détails, en prenant les précautions d'usage pour les bas de pantalon, on peut dire que  l'examen de passage fut réussi, le plus difficile étant évidemment de se garder des secousses du train qui risquent de vous faire déraper dans un endroit non désiré. En tout cas, je suis formelle, les toilettes des trains sont bien préférables à celles des haltes de bus, qui, elles, sont tragiques. D'ailleurs les indiennes évitent de voyager ou se privent de boire pour ne pas affronter l'épreuve. D'abord, la plupart du temps, il n'y a pas de toilettes et le problème se résout donc faute de combattantes. Imaginez que votre bus s'arrête à des heures perdues dans une aire de stationnement, devant une sorte de grand restoroute ouvert à plein vent, au milieu de camions et d'autres bus qui ont deversé eux aussi une cargaison hirsute et ensommeillée. Les hommes se dirigent automatiquement vers des toilettes situées en général sur les côtés et les quelques femmes restent au milieu, se demandant si elles n'ont d'autre choix  que de chercher un  coin sombre, loin au milieu des maisons endormies - jamais possible, en fait - ou d' attendre la halte suivante, deux ou trois heures après. Une fois, nous nous sommes retrouvées à quatre ou cinq, à escalader dans la nuit pour trouver des toilettes qui ne fermaient pas et où l'on ne savait pas où poser le pied. Personne ne râle, les indiennes font comme si de rien n'était, la tête ailleurs. Par deux fois cependant, au Gujarat, j'ai eu la chance de trouver des édifices qui s'apparentent un peu à des toilettes romaines, telles qu'on peut les admirer encore sur de nombreux sites archéologiques et qui témoignent de la supériorité du monde romain sur ses voisins immédiats. La voyageuse  pressée se dirige donc sans angoisse, à sa sortie du bus, vers un lieu dûment signalé et strictement semblable à celui des hommes et, à ses yeux étonnés (et ravis), s'ouvre un espace entièrement carrelé de blanc et brillamment éclairé. Sur les deux côtés  s'alignent de minuscules box, le sol incliné  conduit  à un écoulement commun le long de la paroi  : des vespasiennes pour femmes !  Dix paires de fesses à l'air ! Quelle surprise ! Dommage que les alvéoles aient été malencontreusement séparées par des murs  bas qui gênent la convivialité telle qu'elle pouvait certainement s'exprimer chez les romains et qui permettait l'échange de nouvelles sur la famille ou l'état politique du pays, ce qui aurait été particulièrement apprécié ici, j'en suis sûre, en cette périose électorale. Pas d'eau mais chez les romains non plus et ce n'est pas de çà qu'ils sont morts. Je m'alignai donc moi aussi, mais la configuration des lieux me plongea dans des abîmes de réflexion. D'où je conclus que,  les indiennes utilisent leurs vespasiennes à l'envers, à l'instar des hommes et qu'il aurait fallu mettre les fesses côté mur, juste au dessus de l'écoulement, ce qui offrait en sus l'avantage de pouvoir entrer en conversation avec la personne d'en face. Mais loin de moi l'idée de vouloir donner des leçons aux indiennes sur la façon d'utiliser leurs vespasiennes. La fois suivante, sans l'ombre d'une hésitation, je baissai mon pantalon et montrai  mes fesses à  la ronde, comme tout le monde.

En remerciement à l'Etat du Gujarat, qui a initié cette politique audacieuse et innovante, destinée à promouvoir l'égalité des sexes dans des lieux de deni de justice.
 
 
 
Dans les chemins de fer et les bus du Rajasthan et du Gugarat. Novembre et décembre 2008
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Publié à 03:54, le 1/12/2008, Rajasthan
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